Creanumerica propose au Village des partenaires
(à Saïfi, jusqu'au 6 octobre) un étonnant parcours au sein de la création
numérique francophone.
Un casque qui analyse les ondes du
cerveau et les traduit en formes géométriques sur un écran géant ;
des méduses lumineuses qui dansent au rythme de votre souffle ; un
oreiller qui projette, en image et musique, des univers oniriques
spectaculaires ; une caméra qui dédouble, à l'infini, l'image du
spectateur en plein envol ; les accords de Taëf et la Constitution
libanaise illustrés en codes numériques... Qu'elles soient drôles,
poétiques, scientifiques, effrayantes ou amusantes, ces mises en scène -
qui impliquent différents objets, œuvres d'art, images vidéo, sons et
lumières... pilotés par un programme informatique et où le spectateur est
souvent mis à contribution - se révèlent être le plus souvent très
étonnantes.
Voici une sélection de ce qui est présenté jusqu'au 6
octobre à Saïfi, au Monnot et à la galerie Pièce unique, dans le cadre de
Creanumerica. Cet événement regroupe les œuvres d'une vingtaine de
créateurs d'arts numériques de divers horizons et compétences. Ils sont
invités, on le rappelle, par l'Institut de la francophonie numérique de
l'Organisation internationale de la francophonie à présenter, en marge des
VIes Jeux de la francophonie, leurs œuvres et leur savoir-faire aux
professionnels et au public libanais comme aux jeunes artistes
francophones participant aux Jeux.
Expositions, spectacles, concerts, conférences et démonstrations
sont programmés dans les espaces culturels, les théâtres, les galeries et
les universités de Beyrouth, ainsi qu'au Village des partenaires, installé
sur la place des Martyrs au centre-ville. Pour participer à ces activités,
la plupart interactives, impliquant le visiteur, un « pass programme
Creanumerica » est offert au public dans les différents lieux des
manifestations.
Sautez (Jump !), un jeu d'immersion
interactive pour les 7 à 77 ans, de Yacine Sebti, au stand de
l'Organisation internationale de la francophonie des Village des
partenaires des Jeux de la francophonie (Saïfi). Cette installation invite
le visiteur à établir un dialogue avec sa propre image.
Explications : un ordinateur connecté à une caméra vidéo recueille
chaque saut avant de les rassembler dans une boucle synchronisée sans fin.
Une fois qu'il accepte l'invitation et commence ses sauts face à la
caméra, il peut construire l'image qu'il voit et qu'il laissera voir aux
autres
visiteurs.
L'oreiller rêveur d'Armella Leung, jusqu'au
6 octobre, Galerie Pièce unique (Saïfi).
Exemple particulièrement
reposant sur les échanges entre technologie et art que l'oreiller rêveur
de Armella Leung. Sur un énorme oreiller posé à même le sol, sont
projetées différentes images évoquant des dessins animés aux traits fins
et précis, le tout accompagné de musiques synchronisées. Par exemple, des
paysages de branches entre lesquelles se déplace un insecte inconnu. D'une
caresse de la main sur le coussin, en effleurant cette bébête, il est
possible de la promener d'un coin à l'autre de l'oreiller. Dans un autre
rêve, ce sont les broussailles qui semblent se mouvoir comme soufflées par
le vent induit par les gestes amples de la main. Une forte pression de la
main au centre du coussin permet de changer de
rêves.
Rétro-ingénierie d'Alexandre Castonguay et Mathieu Bouchard.
Quand la technologie ressuscite les œuvres du passé, 6 octobre, Galerie
Pièce unique (Saïfi).
Alexandre Castonguay déclare : « J'ai
sélectionné des sérigraphies réalisées par l'informatique qui figurent
dans la collection de la Galerie d'art de l'Université de Carleton. Ces
travaux datant des années 1973 et 1974 sont l'œuvre, notamment, de Manfred
Mohr, Miljenko Horvath, Georg Nees, Edward Zajec, Frieder Nake, Ken
Knowlton et Hiroshi Kawano. Dans le portfolio de chacun de ces artistes,
les œuvres étaient accompagnées de textes et de diagrammes provenant de la
main des artistes, dans lesquels ces derniers faisaient état de leurs
intentions et de la manière dont les dessins ont été réalisés. Dans ces
textes, les artistes tentent de comprendre leur pratique liée à
l'ordinateur en tant qu'instrument propre à engendrer de nouvelles façons
d'aborder les idées établies en matière de composition et d'esthétique.
Ces artistes ont, à divers degrés, recouru à des processus aléatoires pour
s'émanciper du jugement esthétique et du geste de la main. Dans leurs
textes et diagrammes explicatifs, ils mettent à l'avant-plan des questions
qui se rattachent à la pratique des arts médiatiques et qui, dans bien des
cas, demeurent étonnamment pertinentes de nos jours. Le projet vise à
transformer par ingénierie inverse ces œuvres du passé et, ce faisant, à
actualiser le discours ayant prévalu à leur création. Un logiciel de
Mathieu Bouchard sert à analyser les images choisies en vue de permettre
de retrouver les règles logiques ayant présidé à leur création afin d'en
générer de nouvelles. Ceci boucle la boucle conceptuelle, l'ordinateur
étant appelé à réévaluer le travail de ces premiers artistes médiatiques.
La rétro-ingénierie s'inscrit dans la continuité de mes travaux récents et
aborde de manière explicite l'histoire des arts médiatiques en vue d'en
révéler les formes et les discours. »
Également à la Galerie Pièce
unique, une exposition d'images numériques de Ricardo Mbarkho, intitulée
Visuels numériques du Liban. La série de huit photos montre des petits
carrés multicolores, plus ou moins grands. Il s'agit, à l'origine, des
textes des accords politiques de la Constitution de Taëf, en passant par
les accords du Caire, qui, à l'aide d'un logiciel informatique, a
« forcé » son ordinateur à lire les textes des accords comme
s'ils étaient des images, en interprétant graphiquement la lecture du code
binaire.
Aurora Consurgens de Horia Cosmin Samoïla et
Marie-Christine Driesen, ou lorsque « les casques libèrent les
talents », jusqu'au 6 octobre, Crypte de l'église Saint-Joseph, rue
Monnot. À l'aide d'un simple casque posé sur leur tête, deux personnes
unissent l'activité de leur cerveau pour créer une œuvre visuelle et
sonore évoluant en temps réel. Horia Cosmin Samoila, artiste numérique
roumain vivant en France, développe depuis plusieurs années une démarche
originale, autour de la notion d'invisible, matière première et prétexte
de ses œuvres. Il s'est voué à l'exploration des paysages
électromagnétiques et des limites cognitives. Aurora Consurgens sa
dernière réalisation, en collaboration avec Marie-Christine Driesen, se
pose comme un « koan zen » où les ondes cérébrales et formations
archétypales, à travers une interface cerveau-machine, déploient un
protocole plastique de communication avec l'inconscient collectif.
Considérant l'électromagnétisme comme « une matière première qui
s'articule au sein d'une alchimique transformation et confrontation des
rayonnements naturels et artificiels », son projet redéfinit la place
de l'artiste en tant que chercheur, explorateur, et expérimentateur, à la
traque des nouveaux spectres et des dragons anciens.
Le monde des
montagnes de Camille Scherrer, un livre qui s'anime en le feuilletant,
Village des partenaires des Jeux de la francophonie (Saïfi).
Il s'agit
là d'un livre un peu particulier. Lorsqu'on le regarde à travers l'œil
d'une caméra, tout un univers invisible se révèle au-delà de ce qui est
imprimé. Entre souvenirs et histoires étranges, le lecteur découvre page
après page un monde animé qui se mélange au réel. Mélangeant textes et
images, la narration du Monde des montagnes s'étend vers l'animation qui
révèle des éléments cachés, équivalents aux multiples niveaux de lecture
caractéristiques des contes pour enfants. « Mon projet est un monde
animé qui se mélange au réel, il relie la lecture et le plaisir des yeux
au contexte multimédia », explique Camille Scherrer, « les
animations qui naissent à travers la caméra offrent une nouvelle vision
des illustrations préexistantes ».
À signaler également une
sélection de films d'art vidéo numérique d'Achillekà Konguem et de
Veaceslav Druta qui présente une vidéo de son installation sonore
monumentale intitulée La Balançoire.
Le Souffle (Lungs-the
breather), de Laura Colmenares Guerra, en collaboration avec Todor
Todoroff et Yacine Sebti, dans la petite salle du théâtre Monnot.
« Respirez pour faire danser les méduses », enjoint l'artiste
colombienne, installée à Bruxelles, en vous expliquant la manière dont il
faut poser le masque en plastique. Son œuvre est une installation qui
permet à quatre visiteurs maximum à la fois de participer à une
exploration visuelle et sonore de méduses (influencées par notre
respiration !).