À propos de l’œuvre
Introduction
La genèse de la Journée du Tabbouleh, initiée en 2001 par l’artiste libanais Ricardo Mbarkho, s’inscrit dans une histoire complexe et conflictuelle. Cette célébration, bien plus qu’un simple événement gastronomique, révèle une profonde évolution de son sens au fil du temps. Elle marque un tournant majeur qui redéfinit non seulement la place du Tabbouleh dans la culture libanaise, mais aussi sa portée à l’échelle universelle.
Origines et reconnaissance internationale
À ses débuts, la Journée du Tabbouleh avait pour objectif principal de valoriser la réputation gastronomique et patriotique du Liban, tout en dénonçant la dégradation de l’image du Tabbouleh due à sa commercialisation contrefaite à l’étranger. C’est en France, où l’artiste a été confronté à cette dénaturation, que l’idée a pris forme. En 2001 est né le projet de rassembler l’énergie existante des Libanais autour du Tabbouleh. Lors d’une discussion en ligne avec Allam Sleiman, un ami de Mbarkho, ils ont rédigé la première annonce de cette nouvelle Journée, informant environ 20 000 Libanais par courriel et lançant la diffusion rapide de l’événement par chaînes de courriels.
D’abord nommé Journée internationale libanaise du Tabbouleh, l’événement annuel rassemble les Libanais chaque premier samedi de juillet, symbole de leur attachement au Liban et de leur fierté patriotique. Au fil des années, la célébration s’est étendue et réunit des centaines de milliers de participants dans le monde. Sa reconnaissance internationale s’est renforcée grâce au soutien actif de la presse libanaise et étrangère, ainsi qu’à sa présentation lors de la 15e édition de la Biennale de Paris en 2006 et 2007. En 2007, le ministère libanais du Tourisme lui a accordé son approbation officielle, consacrant la Journée comme célébration nationale.
Transformation artistique : honorer ou résister au pouvoir ?
La réinscription du Tabbouleh dans le champ de l’art invisuel, qui explore des modèles socio-économiques alternatifs, traduit la volonté de Mbarkho de donner à sa création une essence fondamentalement artistique. Cette démarche dépasse les limites de l’expression visuelle pour créer une expérience multidimensionnelle, où l’art et la gastronomie se rejoignent pour devenir des outils de résistance face aux injustices sociopolitiques.
La genèse et l’évolution de la Journée du Tabbouleh témoignent en effet d’un engagement profond envers le rôle même de l’art, qu’il s’agisse d’honorer ou de résister au pouvoir. Mbarkho opère une transformation artistique importante en retirant progressivement le label national de l’événement, rebaptisé simplement « Tabbouleh Day ». En supprimant ce label, il souligne l’importance de préserver les traditions tout en les adaptant à un contexte contemporain en constante évolution. Cette démarche résolument engagée interroge les normes établies et refuse de se conformer aux récits imposés par des autorités souvent oppressives.
Cette initiative vise à dépasser les frontières imposées par les régimes politiques et constitue un acte de résistance : une œuvre contre les contraintes nationalistes et communautaires qui entravent la société libanaise. En libérant le Tabbouleh de sa dimension purement nationale, la célébration devient une plateforme de redéfinition du plat et de notre appartenance, affranchie des dictatures et des pouvoirs médiatiques, économiques, religieux, militaires et policiers qui imposent des certitudes figées. La résistance artistique de Mbarkho se manifeste dans cette volonté de libérer le Tabbouleh de ces contraintes, faisant de cette journée un moyen d’interroger les normes établies.
Dans cette transformation de sens, les ingrédients immuables du Tabbouleh portent désormais des significations opposées : le national et l’universel, le pouvoir culturel et l’illusion de ce pouvoir, la guerre et la paix, la mort et la vie. Le Tabbouleh devient ainsi un catalyseur de réflexion, suscitant incertitudes, doutes et conscience de nos actes et de notre place dans le monde.
Conclusion
La Journée du Tabbouleh se transforme ainsi en un puissant emblème de résistance artistique, de lutte culturelle et de quête de liberté, dans un contexte marqué par des défis sociopolitiques. La démarche de Ricardo Mbarkho dépasse la simple célébration culinaire pour faire de l’événement une œuvre d’art vivante. Elle devient un moyen d’interroger et de subvertir les structures imposées par le pouvoir, et rappelle avec force la capacité de l’art à transformer la société vers plus de liberté. Initiée en 2001, cette célébration unique laisse une empreinte durable : une odyssée culinaire et populaire qui dépasse les frontières géographiques, temporelles et artistiques, jusqu’à des économies encore libres de l’emprise du marché de l’art contemporain.
Mots-clésCélébration. Relation. Communication. Rencontres. Invisuel.
Organisée chaque juillet depuis 2001
- 2001–2005, 2009, 2018–2026 : action via Internet
- 2007–2008, 2010–2015, 2017 : action via Internet et à Souk el Tayeb, Beyrouth, Liban
- 2016 : action via Internet et, dans le cadre de la Biennale de Paris à Beyrouth, à Souk el Tayeb, Beyrouth, Liban
- 2006 : action via Internet et à la Biennale de Paris, France
Dans la presse
- 2001La Fête du tabouléSaveurs · Magazine
- juil. 2004Fêtons tous le taboulé !La Presse · Journal · Laura-Julie Perreault
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- juil. 2007À vos taboulés, prêts, partez !L’Orient-Le Jour · Journal · Carla Henoud
- juil. 2007Beyrouth célèbre la « Journée nationale du Tabbouleh »Asharq Al-Awsat · Journal · Maroun Haddad
- déc. 2007Ricardo Mbarkho : « Il faut vivre l’œuvre et pas seulement la contempler »iLoubnan · Magazine en ligne · Diana Kahil
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- juil. 2010La Journée nationale « libanaise » du Tabbouleh… rassembler ce que les guerres ont séparéAl Balad · Journal · Doris Saad
- juil. 2011Journée nationale libanaise du TabboulehAl Hurra · Télévision · Tony Naddaf









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